JEUDI-SAINT - 2011 - QUIBERON |
A quelques heures du rappel de la mort de Jésus, alors que nous célébrons le dernier repas du Seigneur avec ses disciples, le mystère demeure entier et il bouleverse tout chrétien qui prend au sérieux sa foi. Pourquoi Jésus devait-il mourir ainsi ?
Bien sûr, nous savons qu’il devait mourir parce qu’il l’avait affirmé lui-même : « Ma vie nul ne la prend, c’est moi qui la donne », » il faut que le Fils de l’Homme donne sa vie en rançon pour la multitude », ou encore « si je ne pars pas l’Esprit Saint ne pourra vous être donné ». Nous avons entendu bien des fois ces passages de l’évangile, et nous savons que la mort de Jésus annonçait non seulement sa résurrection, mais aussi notre rédemption, mais le pourquoi fondamental de tout cela demeure caché dans le cœur du Père et nous sera révélé que lors du grand face à face dans l’éternité de Dieu.
Pour l’instant, nous savons qu’il ya là un mystère d’amour et c’est ce mystère que nous sommes invités à contempler ce soir en cette célébration de la Cène du seigneur. Contempler sans tout comprendre, accueillant dans la foi, et nous faisant un peu plus proches du cœur de Jésus, comme l’apôtre Jean reposant sa poitrine. La liturgie du Jeudi Saint nous invite à contempler le geste que Jésus a posé à l’endroit de ses disciples la veille de sa passion. Car comment évoquer ce qui est au cœur de la vie de Jésus, sinon en rappelant cette image gravée dans la mémoire de l’Eglise : Jésus à genoux aux pieds de ses disciples.
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Quand on y réfléchit, l’enseignement de Jésus est simple au fond. Il se résume dans l’accueil de Dieu, et dans l’accueil du prochain. Jamais l’un sans l’autre. Ce prochain, cet autre : l’ennemi, le mal-aimé, le pauvre, l’étranger, Jésus nous invite à le regarder avec ses yeux à lui, à poser sur l’autre un regard digne de la compassion de dieu, vraiment porteur de son amour. Jésus nous dit ce soir, à genoux à nos pieds : « Viens à moi avec ton cœur, et tu verras avec mes yeux ».
Le prochain dans l’enseignement de Jésus est quelqu’un que l’on doit aimer comme soi-même, à qui l’on doit pardonner sans se lasser, dont on doit porter le souci quand il a faim, quand il est malade, nu, abandonné, emprisonné. L’autre, le tout proche, comme le plus éloigné des hommes, est tellement important dans l’enseignement de Jésus qu’il devient un chemin privilégié vers Dieu, un passage inévitable, incontournable. Avec Jésus nous apprenons qu’il faut nous approcher de tous ceux et celles que Dieu met sur notre route en revêtant le tablier de serviteur. Quelle révolution de mentalités nous est proposée ici !
Le royaume de Dieu, nous dit Jésus, passe par une charité effective, celle de la tenue de service qui nous amène à nous laver les pieds les uns aux autres ; à laver les offenses, les indifférences, les pauvretés dont l’autre est porteur, afin de découvrir en cet autre, un frère, une sœur, aimé de Dieu, digne de son amour et donc digne de notre attention et de notre affection. Jésus nous révèle qu’en toute personne Dieu se fait connaître. « Je suis pour toi un lieu où Dieu se fait connaître à toi et tu es pour moi un lieu où Dieu se fait connaître à moi ». N’en doutons pas, nous sommes semblables à des icônes qui révèlent mystérieusement quelque chose du mystère ineffable de Dieu. Voilà un bonne nouvelle et nous sommes au cœur de l’évangile. |
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C’est le génie de l’évangéliste Jean de nous présenter le dernier repas de Jésus avec les siens, non pas en mettant l’accent sur le pain et le vin, mais en mettant l’accent sur la portée de ce pain et ce vin offerts par Jésus. Le pain et le vin sont signes par excellence de son offrande, de sa vie donnée. Ils nous révèlent aussi le sens de sa mission : le pain et le vin, c’est Jésus à nos pieds, corps et sang livrés pour nous, « parce qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime », nous dit Jésus. Et Jésus a suivi cette logique jusqu’au bout de lui-même …
Pourquoi le Fils de Dieu devait-il mourir ainsi ? Il y a là quelque chose de la folie de Dieu qui nous dépasse. Je crois qu’il y a dans sa mort un acte d’amour tellement absolu qu’il questionnera notre humanité jusqu’à la fin des temps.
Sans tout comprendre du sens profond de cette mort, nous savons qu’elle vient donner sens à notre vie, car Dieu l’a ressuscité ce Jésus qui a su si bien aimer, il l’a fait seigneur. Et désormais, par lui, mystérieusement, les hommes et les femmes qui le suivent, se surprennent à vouloir aimer et servir comme lui, en dépit de leurs manques, de leurs faiblesses, et de leur histoire. Et Jésus leur dit : » Viens, suis-moi et tu auras la vie ». C’est à ce don de nous-mêmes qu’il nous invite lorsqu’il nous dit, en offrant le pain et le vin à la dernière Cène : « Vous ferez cela en mémoire de moi ». Nous sommes invités, nous aussi, à revêtir le tablier du serviteur, à devenir son cors et son sans pour le salut du monde, une éternelle offrande à la gloire du Père avec lui.
Et c’est dans cette offrande que nous entrons au moment de célébrer la Cène du seigneur en ce Jeudi saint.
« Vous m’appelez Maître et Seigneur …….. faites-le vous aussi les uns aux autres. »
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