CHAPELLE NOTRE DAME DE GRÂCES

Fréquemment on voit que, dans les campagnes morbihannaises, des habitants de quartier décident de restaurer la chapelle de leur village. C'est pour eux une manière de conserver un patrimoine architectural longtemps ignoré et aussi de créer un esprit d'amitié, de bénévolat qui, à notre époque, ne tend qu'à disparaître. Souvent aussi, il fait ressurgir ce qui a été l'expression d'une foi chrétienne à travers le culte d'un saint qui fut à l'origine de l'évangélisation d'une région.

A Quiberon, outre les chapelles St Clément et St Julien, propriétés de la commune, il existe une chapelle au 16, rue de Kermorvant non loin du centre et de la gare.
Cet édifice fut élevé en 1910 par une lyonnaise, Madame Gabriel Granger, née Camille Canozanova, dans le cadre de la construction d'une école chrétienne pour les filles et d'un bâtiment d'habitation pour les religieuses enseignantes.
Après le décès de la fondatrice cet ensemble est devenu la propriété de l'Association. des Amis de l'École Sainte-Anne en 1939 et nombreuses sont encore les Quiberonnaises qui ont fréquenté cette chapelle.

En 1977, devant la nécessité de distinguer et de regrouper au sein d'une même Association, les bâtiments à usage scolaire, il y eut des échanges, en bonne et due forme, entre l'Association propriétaire des biens scolaires et l'Association gérant les biens paroissiaux. C'est donc ainsi que la chapelle est devenue propriété de l'A.E.P. Paroisse de Quiberon.

Quand la propriété dite "Stade des Pilotins" fut vendue à la Commune de Quiberon, du fait de son droit de préemption, aux responsables de l'Association se posa le problème de l'affectation des sommes dégagée s. En effet, pendant longtemps, faute de financement, tous les bâtiments paroissiaux tombaient en désuétude.
Par priorité, il fut décidé de construire la salle paroissiale "Maison de N.D. de Locmaria" à côté du presbytère.

Ensuite, les responsables furent d'avis de sauver la chapelle qui venait de leur échoir, désaffectée depuis quelques années car la toiture prenait l'eau, les murs devenaient lépreux, autour des rosaces le plâtre tombait et se décollait au point de devenir dangereux, les vitraux se brisaient à cause des jets de pierre et par. suite de l'oxygénation des ferrures.
Les travaux de restauration ont duré deux ans. Le premier travail important fut la réfection de la toiture (entreprise Rodet de Quiberon). Par chance, la charpente s'avéra en excellent état.
Puis vint le travail de réfection des enduits intérieur et de nettoyage des joints entre les pierres. Grâce à la générosité désintéressée de quelques hommes qui, malgré leur âge (l'un d'entre eux avait 75 ans), n'hésitèrent pas à monter sur les échafaudages (Raoul Godin, Maurice Tessier, Tudy Durand, Georges Kergosien). Ce travail fut mené à bien, ils y consacrèrent de nombreuses journées à décrépir et à évacuer les déblais.



 





 

Le gros œuvre de la réfection des joints et des enduits a été réalisé par l'entreprise Kernen de Pluvigner.
L'ensemble a voulu rester sobre : une partie est en pierre apparentes, l'autre est en enduit. Cette distinction a été voulue : symbolisme des pierres de taille ou d'aspect inégal, mais toutes d'égale valeur car elles contribuent à l'édification du bâtiment, chacune à sa place; symbolisme de la partie réservée au culte en rappel des instructions données par Moïse aux Hébreux dans la construction du sanctuaire, après le passage de la Mer Rouge, quand il institua le texte de l'Exode chap. 25 et suivants).

Le second travail consista dans la réalisation des vitraux. Il fallait essayer de donner une unité à la restauration et cela devait être fait en fonction de ce qui était le plus important. Des contacts ont été pris avec plusieurs verriers de Bretagne. L'objectif était double il ne fallait pas que les vitraux détournent l'attention et il fallait profiter au maximum des effets du soleil abondant à Quiberon. L'idée des taches lumineuses a été retenue selon les différentes positions par rapport au soleil.
La grande rosace se trouvant en plein sud, il apparaissait que l'on pouvait essayer de traduire un texte l'Écriture et c'est celui de l'Apocalypse, chap. 21 de St Jean qui a été retenu :
"Je vis la nouvelle Jérusalem descendre d'auprès de Dieu…",

d'où l'importance des tons jaunes et rouges. On peut y distinguer une croix, non plus douloureuse, mais au contraire glorieuse.
C'est Monsieur Jean-Pierre Le Bihan de Quimper qui a réalisé maquette et pose des vitraux.

La décoration de la chapelle a été repensée en fonction de ce qui est essentiel pour un chrétien : la résurrection et la gloire de Jésus-Christ.
A l'époque de la construction de la chapelle, le culte marial était très important dans les représentations. Ici, une statue de la Vierge à l'enfant dominait l'ensemble de la chapelle, et le tabernacle notamment paraissait écrasé. Le Concile de Vatican II a remis en valeur ce que nos ancêtres du Moyen Age avaient bien compris dans la construction des cathédrales :
"le sujet iconographique idéal de l'abside est une scène de majesté".
La croix n'est pas en elle-même un aboutissement mais une étape qui achemine vers la Résurrection et la Gloire. C'est donc un christ en majesté, peint selon le symbolisme des Icônes qui a été placé dans la niche. Sous cette forme de représentation, tout est symbole, depuis l'attitude du personnage, assis sur un trône, tenant le livre de la PAROLE et bénissant, jusqu'aux couleurs utilisées : blanc, jaune, bleu, rouge et pourpre. On peut y voir l'expression de la vision d'Ézéchiel dans l'Ancien Testament ou celle de St Jean dans l'Apocalypse de Nouveau Testament (Ézéchiel, chap. 1 - Apocalypse chap. 1). Il faut remarquer que le jaune du vêtement est repris dans le motif central de la rosace méridionale, comme une sorte d'équilibre ou de contre-point.
L'icône est l'œuvre de Mademoiselle Marie-Christine Gautier de St Nazaire, professeur de dessin dans l'Éducation Nationale.

La croix, haute de 2,50m, est plantée un peu en retrait de l'autel pour rappeler que
"la messe et la croix, c'est tout un, que la messe rend actuel pour nous le sacrifice de la croix".
Elle a été voulue suffisamment haute pour que les regards ne s'arrêtent pas sur elle mais se prolongent jusqu'au Christ en majesté.
Le lutrin qui porte la Bible a été orné tout spécialement. Pour nous, Dieu nous est connu par l'Écriture, que ce soit l'Ancien ou le Nouveau Testament. Il comporte quatre faces en rappel des quatre Évangiles. Chaque face porte une sculpture en forme de sarment de vigne. La vigne est un thème biblique qui évoque le Peuple de Dieu et Jésus s'est identifié à cette vigne (évangile de St Jean, chap. 15).
Le pupitre du lutrin est orientable: sa position normale est de face comme le tabernacle. Mais, pour les cérémonies liturgiques, c'est là que se feront les lectures, et seules les lectures de la Bible.
L'autel est une simple table dont les pieds peuvent évoquer les membrures des bateaux. Tour le mobilier est l'œuvre de Monsieur Hangouet, sculpteur à Auray.
Le tabernacle et son support en granit sont des copies de ceux de l'Abbaye de Timadeuc. Sur la porte du tabernacle, des lettres hébraïques qui signifient "JESUS ".
Le chandelier à sept branches est également une copie de celui de Timadeuc. Il a été réalisé par Monsieur Pierre Le Guennec de Quiberon. C'est dans l'EXODE (chap. 25) que l'on trouve la description du chandelier à sept branches qui est utilisé chez les Juifs : ce chandelier a été redessiné selon un symbole. Il comporte deux arcs dont l'un épouse une courbe descendante, l'autre une forme ascendante. L'arc descendant porte trois branches correspondant aux trois personnes de la Trinité. L'arc ascendant porte quatre différents éléments de notre univers, eau, air, feu. Ce chandelier représente la rencontre de Dieu avec sa création, symbolisée en un point matérialisé par un rivetage : Dieu vient à la rencontre de l'homme et ainsi l'homme s'élève vers Dieu.
La statue de la Vierge à l'enfant a été réalisée dans une attitude sobre car il fallait montrer que la Vierge Marie était une femme dont on n'a rien dit, sinon qu'elle était le mère de Jésus; Vierge simple, humble, que rien extérieurement ne distinguait des autres femmes de Nazareth.
L'attitude de l'enfant s'est inspirée du psaume 131 : un enfant tout contre sa mère

"Seigneur, mon cœur est sans orgueil, et mes yeux ne sont pas fiers. Je ne marche pas dans les grandeurs, je ne cherche pas à faire des miracles. Je me tiens en paix et en silence, comme un enfant sur le sein de sa mère. Comme un enfant, telle est mon âme en moi. Que le peuple de Dieu compte pour le Seigneur, dès maintenant et pour toujours !"

La statue de la Vierge Marie en avant du sanctuaire sur un gros bloc de granit brut (évocation de la maison bâtie sur le roc, St Matthieu chap. 7).

Marie nous conduit à Jésus :
"Je suis la servante du Seigneur" (Évangile St Luc chap. 1).

 

 
 

Cette statue, réalisée en bois exotique (okoumé) est l'œuvre de Monsieur Maurice Hangouet d'Auray. Devant cette statue, une auge en pierre pour recevoir les cierges, expression et prolongement de notre prière. A côté, reproduite par Monsieur Jean-Yves Le Gac, une prière à la Vierge Marie, extraite de la prière de St François de Salle, au 16éme siècle.

Pour résumer l'idée qui a guidé la restauration de cette chapelle, un seul texte qui éclaire l'attitude de l'enfant dans les bras de sa mère, celle du crucifié et celle du Ressuscité. C'est le texte magnifique tiré de la lettre de St Paul aux chrétiens de Philippes (chap. 2) :

"Visage de Dieu, Jésus !
Il n'a pas tenu pour une proie la faveur qui l'égalait à Dieu.
Il s'est dépouillé de lui-même, et a pris la condition de l'homme et le visage du serviteur.
Reconnu comme un homme, il s'abaissa encore et se soumit jusqu'à la mort et la mort par la croix.
Aussi Dieu l'a-t-il pour le nommer d'un nom au-dessus de tous les autres noms; qu'au nom de Jésus tout soit adoration sur la terre comme au ciel; et que toute langue proclame de Jésus Christ qu'il est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père !"

Que souhaiter pour cette chapelle rénovée ? C'est qu'elle serve comme lieu de prière et de recueillement. Elle sera ouverte au public dans la journée pour des démarches personnelles. C'est ici que désormais auront lieu les réunions de prière du premier lundi de chaque mois et il est souhaitable que l'Eucharistie y soit célébrée. Des brochures et des recueils de prière seront mis à disposition pour aider les prières, les réflexions et pourquoi pas les engagements…? Si vous trouvez la chapelle accueillante, favorisant la prière, faites-là connaître autour de vous. Alors ceux qui ont œuvré pour cette restauration pourront faire leur cette prière psalmiste :

"Si ce n'est pas le Seigneur le maître d'œuvre,
les bâtisseurs perdent leur peine :
si ce n'est pas le Seigneur qui garde la Cité,
c'est le temps perdu que de veiller" (Psaume 127)

L'équipe de Rénovation